global voices
Mexique : Expectative et réactions sur le sort judiciaire de Florence Cassez
Le 21 mars 2012, la Première Chambre de la Cour Suprême du Mexique devait trancher dans l'affaire controversée de la Française Florence Marie Louise Cassez Crepin, précédemment jugée pénalement responsable de crimes selon la législation mexicaine, dont celui de séquestration (enlèvements).
D'après le projet de résolution [en espagnol, pdf] et l'information détaillée sur le blog México por Florence Cassez, (le Mexique pour Florence Cassez) [en espagnol], la Française est sous la garde des autorités mexicaines depuis le 9 décembre 2005, après son arrestation dans la banlieue du District Fédéral en compagnie d'Israel Vallarte, son ancien petit ami, que la justice a identifié comme un “criminel avoué”.
Florence Cassez a été condamnée en première et deuxième instances de la procédure pénale, et en février 2011 elle s'est vu refuser “le refuge et la protection des tribunaux fédéraux”, avec confirmation de sa condamnation. A l'époque, le verdict provoqua des tensions diplomatiques entre le Mexique et la France, dont Global Voices a parlé dans ce billet.
Dans les jours qui ont précédé le prononcé par la Cour Suprême (SCJN d'après son acronyme espagnol) de sa décision définitive, l'affaire a suscité l'expectative et des avis opposés, puisque le projet de résolution proposait “la remise en liberté immédiate et sans condition” de Florence Cassez, en établissant que ses droits fondamentaux n'avaient pas été respectés et que son arrestation avait été mise en scène alors qu'elle était déjà en garde à vue.
Certains usagers de Twitter ont donné leur avis sur l'affaire, [tous les comptes Twitter cités sont en espagnol] adressés à la Cour Suprême et ses juges, pour faire entendre leur voix, comme Alessia Corcuera (@top_roping_ale), qui a écrit :
#NoSeOlvida que #Cassez fue detenida IN FRAGANTI y que una de sus víctimas la identificó plenamente desde el día 1 ccp @SCJN @JRCossio …
N'oubliez pas que Cassez a été arrêté en flagrant délit et qu'une de ses victimes l'a pleinement identifiée dès le 1er jour.La même d'ajouter un peu plus tard :
… los mexicanos esperamos que la @SCJN no sea un instrumento de impunidad. Exigimos castigo a los delincuentes!!! #Cassez ccp @JRCossio
Nous Mexicains espérons que la SCJN ne sera pas un instrument d'impunité. Nous exigeons le châtiment des délinquants !Mais d'autres, tel @elmaquiavelo, en citant l'affaire font remarquer que l'arbitraire n'a pas sa place dans l'action de la justice :
no se puede hacer justicia con ilegalidades y arbitrariedades
La justice ne peut se faire dans les illégalités et l'arbitraire.Dans cette veine, l'utilisateur Alvaro Molina (@a_molinam) a cité un fragment de ce qu'il identifie comme “Law of the Land”, une loi étrangère, qui stipule entre autres :
“No Freeman shall be taken or imprisoned, or any other wise destroyed; but by lawful judgment of his Peers” Que se acuerde la SCJN #Cassez
“Aucun homme libre ne peut être retenu ou emprisonné, ou détruit de quelque autre façon ; sauf par le jugement conforme à la loi de ses Pairs”. Que la SCJN s'y applique.L'utilisateur @Lamb_0f_God, a posé, quant à lui, l'intéressante question de savoir si un criminel mexicain en France aurait la moindre prérogative (au-delà de celles prévues par la loi) :
¿Un SECUESTRADOR mexicano detenido en #Francia tendría las mismas CONSIDERACIONES que Florence #Cassez tiene en nuestro país? #Crimen
Un KIDNAPPEUR mexicain arrêté en France aurait-il la même CONSIDÉRATION qu'a Florence Cassez dans notre pays ?L'auteur du Blog de la_Morsa [en espagnol] reconnaît ignorer si Florence Cassez est coupable ou non, mais donne un avis sur l'affaire :
Yo no sé si Florence Cassez es realmente culpable o no. Conozco cómo nos las gastamos en cuestiones legales en este país, en donde si tienes dinero, la ley se puede estirar tanto como dinero puedas pagar. Aquí las leyes muchas veces se manejan y manipulan en términos de cuánto dinero pueden aportar los incriminados. Es así de lamentable el asunto.
Por otra parte, están los derechos de las víctimas, que han sido violentados. En consecuencia, la Suprema Corte está en un dilema lógico: si libera a Cassez, entonces hará mal. Si no lo hace, hará igualmente mal.
En mi opinión, mañana la Suprema Corte dirá que Cassez debe ser liberada. Eso ayudará probablemente a Sarkozy en su campaña de reelección, pero además, dejará al descubierto una vez más cómo se hacen los procesos legales en México. Ya tuvimos una película/documental, “presunto Culpable”, en donde se puede ver la manera sui generis, para decirlo amablemente, de hacer justicia en nuestro México.
Je ne sais pas si Florence Cassez est réellement coupable ou non. Je sais comment cela se passe avec les questions légales dans ce pays, où, si vous avez de l'argent, la loi est aussi flexible que vos possibilité de payer. Ici les lois sont souvent maniées et manipulées en termes de combien d'argent peuvent apporter les accusés. On en est là. D'un autre côté, il y a les droits des victimes, qui ont été violés. Résultat, la Cour Suprême est devant une impasse logique : si elle libère Cassez, elle aura tort. Si elle ne la libère pas, elle aura également tort.
A mon avis, demain la Cour Suprême dira que Cassez doit être libérée. Cela aidera probablement Sarkozy dans sa campagne de réélection, mais sera une fois de plus révélateur du fonctionnement des procédures judiciaires au Mexique. Nous avions déjà le film /documentaire “Présumé coupable”, où l'on peut voir la manière sui generis, pour le dire poliment, dont la justice est rendue dans notre Mexique.
Dans ce contexte, Article 19 [en espagnol] a dénoncé l'intimidation présumée des professionnels de l'information pour leur couverture de l'affaire Cassez :
En ese sentido, ARTICLE 19 desea manifestar su preocupación por la intimidación de que han sido objeto periodistas de medios nacionales e internacionales que han dado cobertura al tema en los últimos días. Hasta el momento se tiene conocimiento de tres casos de periodistas que han sido víctimas de acoso, seguimientos, intervención de comunicaciones y posible daño a su propiedad que pudo haber afectado su integridad física.
A cet égard, ARTICLE 19 souhaite exprimer sa préoccupation devant l'intimidation dont ont été l(objet les journalistes des médias nationaux et internationaux qui ont couvert le sujet ces derniers jours. En ce moment, on connaît trois cas de journalistes victimes de harcèlement, surveillance, interception de communications, et possible dommages à leur équipement susceptibles d'avoir affecté leur intégrité physical integrity.Le verdict
Le 21 mars 2012 à 14h15, on apprenait que suite au vote des juges, Florence Cassez n'a pas obtenu la “remise en liberté immédiate et sans condition”, du moins pas encore. Le journaliste Joaquín López-Dóriga (@lopezdoriga1) rapporte :
Por 3 votos a 2, la 1a Sala de la Corte, rechaza libertad de Florence Cassez.
Par 3 voix contre 2, la Cour a rejeté la liberté pour Florence Cassez.L'affaire sera transmise à une autre juridiction pour péparer l'opinion de la cour. Le juriste Miguel Carbonell (@MiguelCarbonell) explicite l'effet du vote :
Todo sigue igual en #casoCassez Empieza de nuevo el asunto ante la Suprema Corte. El proyecto lo hará un Ministro distinto a Zaldívar.
Rien n'a changé dans l'#affaireCassez. Le dossier va reprendre devant la Cour Suprême. Le projet sera refait par un Conseiller autre que Zaldivar.La non-libération de la Française a amené certains usagers de Twitter à s'interroger sur la Cour Suprême. Ainsi, Alice López Franco (@Alice_NLF ):
La SCJN no estuvo a la altura.
La Cour Suprême n'a pas été à la hauteur.Cesar Cansino (@cesarcansino) note :
HOY MÉXICO ESTÁ DE LUTO. LA SUPREMA CORTE TERMINÓ POR MATAR LA ULTIMA ESPERANZA DE JUSTICIA PARA UN PAÍS AGRAVIADO POR LA IMPUNIDAD
AUJOURD'HUI LE MEXIQUE EST EN DEUIL. LA COUR SUPRÊME VIENT DE TUER LE DERNIER ESPOIR DE JUSTICE DANS UN PAYS OBÉRÉ PAR L'IMPUNITÉ.Montserrat García (@montse_garcia23) s'interroge sur l'absence de prise en compte des atteintes à la procédure régulière :
Las violaciones procesales no afecta la comisión del delito, no le encuentro sentido, volver a iniciar y resolver en una nueva sentencia
Les violations de la procédure n'affectent pas la perpétration du crime, je trouve que ça n'a pas de sens de recommencer du début et aboutir à une nouvelle condamnation.Cependant, d'autres utilisateurs comme Rocío (@muy_rocio) se sont réjouis de la nouvelle :
Que bueno q #Cassez se quedo en la carcel. Es culpable, es secuestradora
C'est très bien que#Cassez reste en prison. Elle est coupable, c'est une kidnappeuse.Cassez restera incarcérée après le vote de la première chambre de la SCJN, mais on cas continuera à faire parler de lui dans les prochaines semaines, avec des opinions aussi divisées que ceux des juges.
L'image de vignette est de s_falkow sur Flickr avec sa permission sous licence Creative Commons Attribution-NonCommercial 2.0 Generic (CC BY-NC 2.0)Cuba : Neuvième anniversaire du Printemps noir
Le Printemps noir cubain - un terme qui désigne la répression en 2003 des dissidents -marque son neuvième anniversaire cette année. Soixante quinze personnes accusées d'être des agents à la solde des Etats-Unis furent emprisonnées suite à cette répression. Tous les prisonniers politiques détenus durant le printemps noir ont finalement été libérés en 2010, à condition de s'exiler en Espagne. Les dissidents qui ont refusé cette condition ont été parmi les derniers à être libérés.
L'injustice de ces condamnations a fait naître le mouvement des Dames en Blanc, un groupe d'opposition très célèbre et très respecté à Cuba, constitué des épouses et autres parentes des dissidents, qui ont fait pression via des manifestations pacifiques pour leur libération.
Le neuvième anniversaire du printemps noir rappelle à de nombreux blogueurs cubains leur histoire et ceux-ci se demandent s'il y a eu un quelconque et fondamental changement, et tout particulièrement dans le contexte de l'imminente visite papale et de l'incapacité apparente du Pontife à rencontrer les groupes d'opposition pour discuter de la situation des droits de l'homme dans le pays.
Reinaldo Escobar, qui écrit sur le site Translating Cuba, note que :
En ce neuvième anniversaire du printemps noir de 2003 et dans le contexte précédant la visite du pape Benoît XVI à Cuba, la police politique cubaine a intensifié ses actions répressives contre les Dames en blanc.
Il est pour le moins paradoxal que la Sécurité d'Etat agisse comme si elle avait la conviction que les autorités ecclésiastiques n'allaient pas protester. Elle donne l'impression qu'une entente a été conclue ou va l'être entre le gouvernement et l'Eglise catholique, la police étant libre de réprimer et les religieux d'étendre leurs prérogatives en matière de culte. Il y aura davantage de processions, davantage de permis de reconstruction d'églises, de séminaires et de couvents en échange d'un engagement à ne s'occuper que des affaires spirituelles.
Heureusement, la foi ne dépend pas de ces bévues. Ce qui risque d'être nuisible à long terme c'est l'influence de l'Eglise catholique dans un futur sans dictature.
Pedazos da la Isla note que neuf ans plus tard, la répression continue :
En ce neuvième anniversaire du Printemps noir de Cuba (où 75 dissidents ont été arbitrairement arrêtés et condamnés à de longues périodes de prison en 2003) et à seulement une semaine de la visite du Pape Benoît XVI dans l'île, un certain nombre de militants des droits de l'homme à travers le pays ont été inquiétés et détenus, en particulier les Dames en blanc qui essayaient d'aller à la messe dans leurs églises locales respectives dimanche dernier. Cette vague de répression s'est aussi étendue à la ville de Pinar del Rio..
Tandis que le blog Notes from the Cuban Exile Quarter se demande si un autre Printemps noir est imminent, un autre contributeur de Translating Cuba - et l'un des 75 dissidents du Printemps noir - Juan Adolfo Fernández Sainz, partage un émouvant témoignage :
Ce même jour, le 18 mars 2003, j'étais allé à Chinatown dans le centre-ville de la Havane pour échanger des idées avec des collègues de la presse indépendante sur la guerre d'Irak qui avait été unilatéralement déclarée mais ne recueillait pas le fort soutien international qu'il y avait eu après l'invasion du Koweït par Saddam Hussein pour l'opération Tempête du désert .
Comme la veille il y avait eu de nombreuses arrestations d'opposants, il m'est venu à l'esprit de brûler certains papiers mais j'ai décidé de n'en rien faire. Mes articles, mes commentaires, je les avais écrits à des fins de publication. Ils contenaient mes opinions et je n'avais rien à cacher. Je ne me sentais pas coupable. Dans l'après-midi du 19, ma maison a fait l'objet d'une perquisition approfondie.
Les soldats ont occupé les pièces jusqu'à l'aube. J'ai remarqué que les personnes qui avaient envahi mon espace ne savaient rien de nous. Ils avaient été au préalable “intoxiqués”. Pour eux, j'étais un traître au service d'une puissance étrangère.
Durant l'enquête criminelle, ce fut la même chose. Tout ce dont ils se souciaient c'était que j'incrimine le gouvernement américain… J'en ai conclu qu'ils ne cherchaient même pas à obtenir la vérité mais seulement à nous condamner par tous les moyens.
Ce fut une condamnation brutale. Un jour, en prison, je me suis amusé à additionner les condamnations de tous les 75 dissidents : à nous tous, cela faisait presque 1500 années d'emprisonnement, pour une moyenne de vingt ans chacun. Aucun de nous n'avait commis d'actes violents ni incité à la violence. Il y a déjà eu de pires vagues de répression mais jamais d'aussi cruelles contre des opposants par ailleurs des civils et pacifiques. Tous les grands projets proposés par les opposants avaient pour but une transition pacifique vers la démocratie.
J'ai passé sept ans en prison et n'ai aucun regret. Après, j'ai choisi la voie la plus facile et suis parti à l'étranger. D'où mon engagement pour ceux qui ont décidé de rester et ma décision de faire tout ce que ma conscience me dicte de faire, à savoir de soutenir le combat que nous avons choisi et de ne pas imposer de quelconques idées. Je les connais, ils veulent le meilleur pour Cuba.
La photo-vignette de ce billet appartient à dumplife (Mihai Romanciuc) et est utilisée sous Licence Creative Commons - Attribution-NonCommercial 2.0 Generic (CC BY-NC 2.0) . Vous pouvez, via ce lien, voir la galerie photos Flickr de dumplife (Mihai Romanciuc).Corée du Sud : Trois grandes chaînes de télévision réclament une information impartiale
La télévision sud-coréenne est en ébullition : depuis la tentative de la rédaction d'un des plus grands réseaux de télévision de faire limoger son directeur pour couverture biaisée de l’information et soupçons de corruption, les deux autres principales chaines de télévisions nationales se sont jointes au mouvement en se soulevant contre leur équipes de direction, qui s'étaient rangées du côté du gouvernement et ont censuré des informations critiques envers lui.
Depuis janvier 2012, MBC s’est déclarée en grève illimitée. Certains programmes ont été mis entre parenthèse depuis plus de deux mois désormais, plusieurs journalistes ont été licenciés par le président de la chaîne, certains de leurs collègues ont remis leur lettre de démission en signe de protestation.
Dorénavant, KBS, le plus important diffuseur public du pays, et YTN, la première chaine coréenne d’information en continu sur le câble, se sont joint à la contestation contre la censure exercée par leur propre direction et soutiennent la grève de la MBC.
Vidéos de la protestation
La vidéo ci-dessous est intitulée « Célébration des (futurs) licenciements des parachutés des médias » et commence par une image des trois présidents de chacune des chaînes descendant du ciel en parachute. Dans le monde de l’entreprise sud-coréen, le « parachuté » (ou « personnel parachuté ») désigne une personne qui occupe un poste grâce à la décision de quelqu’un « d’en-haut », en général parce qu’il connaît des politiques ou des cadres supérieurs de l’entreprise qui ne tiennent pas compte de ses compétences. La vidéo explique ensuite comment les dirigeants ont déformé l’information, au profit du gouvernement (plus d'informations sur la grève dans cet article de Global Voices [en anglais]).
Plusieurs vidéos postées par mbcunion2012 montrent le sens de la grève de manière efficace et créative. Celle que vous pouvez voir ci-dessous ressemble à une vidéo promotionnelle d’une chanson, empruntant le même air que la chanson Liberté Itaewon dont les paroles sont modifiées, qui a été renommée Liberté MBC.
La scène se déroule dans les locaux de la MBC et ce sont les équipes de la MBC qui interprètent, chantent et dansent, ce qui est très rare dans le journalisme coréen, où les présentateurs sont censés être sérieux et présenter une image autoritaire. Vous pouvez avoir un aperçu de l’ampleur de la manifestation après 2 minutes 15, où l’on voit de nombreux employés de la MBC manifester.
On peut comprendre les paroles ainsi :
0 min 20 sec: 요즘 MBC는 안봐 나꼼수면 충분 시청자 왜 눈돌렸나, 정권 비판 뉴스 실종, 누가 MBC 망쳤나. 1 min 비판 실종 MBC, 막장 인사 MBC, 징계 남발 MBC, MB 방송 MBC. 1 min 45 sec 정권엔 충성, 진실 눈감아, 어이가 없어, 더 이상 못 참아.
0 min 20 : personne ne regarde MBC désormais. Ils en ont assez de voir Naggomsu. Pourquoi les téléspectateurs se sont détournés de nous ? La critique contre le gouvernement a disparu des JT. Qui a détruit notre MBC ? [Naggomsu est le premier diffuseur de podcasts qui raille le Président et le parti au pouvoir]
1 min : Il n’existe plus de critique sur la MBC ! Recrutement épouvantable au sein de la MBC ! Les blâmes [à cause de rancunes personnelles] sont monnaie courante à la MBC ! MB diffuse la MBC ! [MB sont les initiales du Président coréen Lee Myung-bak]
1 min 45 : [La direction] est loyale au régime. Les Yeux de la Vérité sont clos. C’est plus que ridicule. On ne peut plus rester les bras croisés.
Les équipes de la MBC ont repris la même chanson et la même chorégraphie dans la gare de métro de Séoul [en anglais], l’une des gares les plus empruntées de Corée du Sud lors d'un flash mob. Vous pouvez constater les réactions des passants sur la vidéo ci-dessous, des personnes âgées incrédules aux jeunes enthousiasmés en passant par les quadra-quinquagénaires captivés par le message.
Même le présentateur vedette du prime-time de la MBC, Choi Il-gu, a démissionné la semaine dernière, en signe de soutien à ses collègues. Dans la vidéo Youtube ci-dessous, Mr Choi, crie à ses collègues, les larmes aux yeux : « cela devrait être le moment le plus chargé de la journée pour les équipes en charge des informations. Pourquoi [avoir] fait cela [à propos de la manifestation] à ce moment ? » (0 min 12).
Puis Choi déplore tristement que la liberté d’expression en Corée du Sud « a reculé au point où elle était en 1987 ou est même pire que par le passé ». La fin des années 80 fut marquée par la prise du pouvoir d’un régime militaire autoritaire, réprimant durement les manifestants et muselant les médias.
En soutien à la MBC, la KBS a posté à son tour une vidéo créative de membres de la KBS effectuant le « Sambo Ilbae (三步一拜), une façon traditionnelle d’exprimer ses profonds regrets, ses plus plates excuses, et sa grande détermination en « se prosternant en faisant toucher au sol genoux et coudes tous les trois pas ».
La vidéo reprend les reportages de la KBS qui avait ouvertement humanisé et fait l’éloge du Président, et attaqué injustement ses opposants politiques ; elle montre ensuite les scènes où les membres de la KBS effectuent le « Sambo Ilbae » en signe d’excuse pour leur couverture biaisée de l’information.
Cette vidéo intitulée Remettre KBS à zéro montre des employés de KBS venant de divers antennes locales faire un appel pour un journalisme transparent, soulignant que le premier pas à franchir est de remplacer la direction qui craint non pas les citoyens mais l’élite.
Les employés de la chaîne d’information cablée YTN se sont joints à la contestation en publiant la vidéo YTN en colère, qui est un entretien avec Benjamin Ismail, chef du bureau Asie-Pacifique de Reporters Sans Frontières à Paris. Dans cet entretien en français et sous-titré en coréen, Benjamin Ismail appelle à soutenir la grève à l'international.
Les syndicalistes de l’agence de presse Yonhap, la plus importante agence de presse de Corée du Sud, ont également publié une vidéo sur Youtube [en coréen] présentant leurs excuses pour leur couverture médiatique politiquement orientée. Mais l’ampleur de la contestation au sein de Yonhap reste marginalisée pour le moment.
Voici d’autres vidéos de la MBC autour de la grève. La vidéo ci-dessous est une parodie du documentaire de la MBC sur l’extinction des manchots empereurs, comparant la situation des manchots à celle des employés de la MBC. Ils doivent se battre contre les températures négatives pour leur survie.
La vidéo ci-dessous est une vidéo promotionnelle de la magnifique chanson Baleine Bleue, interprété par les producteurs, journalistes et présentateurs les plus populaires de la MBC. Les paroles louent les courageux qui se battent dans des conditions difficiles. La chanson a été adaptée par l’une des plus grandes stars du rock sud-coréen, Yoon Do-hyun.
Portugal : Un appel à la grève générale dans l'homélie d'un prêtre subversif sur Youtube
Ce billet fait partie du dossier spécial (en anglais) de Global Voices sur l'Europe en crise.
Il s'appelle Mário Pais de Oliveira [sauf mention contraire, ce lien et tous les suivants sont en portugais], est prêtre et écrivain, vient de fêter ses 75 ans ce mois-ci, et estime que toutes les religions sont perverses et que toutes les idéologies sont fallacieuses. Dans le même temps, il utilise religieusement les réseaux sociaux pour partager ses réflexions très particulières - et subversives - sur l'actualité.
Après avoir créé en mars 2009 une chaîne sur Youtube, il a déjà publié plus de 1 300 vidéos dans lesquelles, par une approche socratique, il exhorte son auditoire en faveur d'un authentique évangile anti-autoritaire.
Sur son profil Facebook, qui compte près de 4 500 amis, il partage également quotidiennement ses “pensées qui naissent de Pratiques Politiques maïeutiques“. Il s'y présente comme un citoyen du monde, un journaliste à la retraite, et un prêtre pourvu d'ordres de messe pour l'église de Porto, “heureusement, sans aucune charge ecclésiastique” :
Mário Pais de Oliveira, aussi connu sous le nom Père Mário da Lixa (Lourosa, Santa Maria da Feira, 8 mars 1937). Photo de Leunam Max sur Facebook.
À quoi bon faire une carrière ecclésiastique, jusqu'à devenir évêque résidentiel ou pape, ou bien être gérant d'une multinationale, si, pour cela, nous devons renoncer à être simplement humains, d'autres Jésus ?!
Pendant la dictature au Portugal (1926-1974) [fr], son esprit contestataire le fait “suspecter de fournir une couverture à des activités considérées comme subversives des étudiants (concrètement, afin de favoriser le mouvement associatif, chose interdite par le régime politique de l'époque)”. Le diocèse de Porto décide alors de l'envoyer, en 1967, comme aumônier sous-lieutenant de l'armée portugaise en Guinée-Bissau, comme en témoigne sa biographie publiée sur le blog “Luis Graça & Camaradas da Guiné”. Sa participation à la guerre coloniale n'a toutefois duré que quelques mois, car en mars 1968 :
il a été exclu de la fonction d'aumônier militaire, pour avoir osé prêcher pendant la messe, le droit des peuples colonisés à l'autonomie et à l'indépendance, et est renvoyé dans son diocèse, catalogué par l'évêque militaire d'alors, D. António dos Reis Rodrigues, comme un prêtre irrécupérable.
“Nous devons inventer de nouvelles manières de transformer la société”
La grève générale du 22 mars - la troisième organisée au cours des 18 derniers mois, contre les mesures d'austérité et les politiques de restrictions imposées par le gouvernement - nous rappelle une vidéo publiée par le Père Mário suite à la Grève Générale du 24 novembre [fr], qui a paralysé moins de 11 % de la fonction publique, d'après les chiffres communiqués par le gouvernement, ou plus de 3 millions de travailleurs, selon des estimations des deux centrales syndicales (CGTP et UGT) qui l'ont organisée.
Les centrales syndicales et les syndicats qui les composent semblent s'accorder avec les églises (…) qui insistent toujours année après année sur les moyens d'intervenir dans la société. Ils ne révèlent pas être la capacité créatrice, la capacité d'inventer des moyens, des processus, des méthodologies, des contenus, des attitudes, des pratiques s'opposant à la grande puissance financière, au grand marché mondial, qui nous ruine, qui nous tue, qui nous asphyxie, qui ne nous laisse que la peau sur les os. Non. Les centrales syndicales sont épuisées, leurs dirigeants sont épuisés. Il semble que leur imagination ait disparu. Le système financier qui nous tue, nous asphyxie, semble vider notre esprit, nous ne sommes plus en mesure de trouver d'issue, de solution capable de la faire disparaître ou de la discréditer. Chaque grève générale renforce ainsi plus encore le pouvoir de la finance. (…)
Cela me désole qu'un appel à la grève générale n'ait rien à voir avec une grève générale. La majorité de la population continue à travailler. (…) Une grève générale, cela signifie que le pays entier cesse de fonctionner ! Tout le monde reste à la maison, personne ne sort, personne n'achète rien, personne ne va au marché, personne ne sort dans la rue, il n'y a plus de circulation, plus de voiture. RIEN ! C'est la grève générale : TOUT LE MONDE S'ARRÊTE ! Or, une grève conduite comme elle l'est maintenant n'a aucun sens. Elle est simplement le signal pour renforcer le pouvoir (…) et que la grève générale est autorisée par le pouvoir (…). Ceci signifie que le pouvoir autorise les gens à faire une grève générale. S'il l'autorise (…) cela montre qu'il perçoit que cette grève générale - qui n'a de générale que le nom - est bien plus une fiction qu'une réalité, même si elle mobilise de nombreuses personnes, la majeure partie du pays n'est pas mobilisée car elle n'est pas arrêtée. Ceci renforce le pouvoir car tout est fait avec son accord. Au début (…) les grèves étaient illégales, elles n'étaient pas autorisées, il y avait une persécution policière dans la rue, la police, ou le pouvoir devait montrer son vrai visage. (…) Il s'agissait de véritables grèves, mais c'est fini. Elles sont devenues un véritable folklore (…). Elles ressemblent désormais à un pèlerinage, une procession.
Le père Mário édite une fois par mois le Jornal Fraternizar, qui paraît depuis janvier 2011 exclusivemente en ligne. Il présentera le 24 mars prochain son nouveau livre, “Evangelho de Jesus segundo Maria, Mãe de João Marcos, e Maria Madalena” [L'Evangile de Jésus selon Marie, mère de Jean-Marc et Marie-Madeleine].
Ce billet fait partie du dossier spécial (en anglais) de Global Voices sur l'Europe en crise.
Vidéo : Comment les surfeurs et les pêcheurs japonais vivent-ils avec la radioactivité un an après le séisme ?
Ce billet fait partie de notre dossier spécial Séisme au Japon
[tous les liens sont en anglais]
La journaliste Lisa Katayama et le réalisateur Jason Wishnow tournent actuellement un documentaire pour savoir comment les Japonais font face à la radioactivité un an après le séisme. We Are All Radioactive (Nous sommes tous radioactifs) rassemble pour moitié des images qu’ils ont tournées eux-mêmes autour de la centrale nucléaire de Fukushima, où des réacteurs sont entrés en fusion suite au séisme et au tsunami de mars 2011. L’autre moitié des images a été tournée par les habitants à qui l’on a donné des appareils photos numériques étanches afin qu’ils puissent raconter comment ils ont survécu au tsunami et comment ils vivent aujourd’hui avec la radioactivité. C’est le site The Laughing Squid qui nous a fait connaître ce documentaire.
Le 11 mars 2011, un séisme d’une magnitude 9,0 a frappé le Japon dans la région du Tohoku sur la côte pacifique. Ce séisme, le plus fort jamais enregistré au Japon, suivi par un tsunami dont les vagues pouvaient atteindre 40,5 mètres de hauteur, ont dévasté une grande partie de la côte et provoqué la fusion des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, entraînant une contamination radioactive des environs, y compris de l’océan.
Même si de nombreux endroits ont été reconstruits et les habitants relogés, d’autres ont toujours du mal à retrouver leur vie d’avant. Pour ceux qui passent une grande partie de leur temps dans l'eau, comme les surfeurs, ou ceux dont la vie dépend de l'eau, comme les pêcheurs, comprendre à quel point la radioactivité va changer leur vie est essentiel pour maintenir leur bien-être.
Grâce à la plateforme de financement participatif IndieGoGo, We Are All Radioactive collecte des fonds afin de pouvoir diffuser progressivement les différents épisodes de leur web série : dès qu’ils obtiennent assez d’argent pour un épisode, ils le diffusent sur leur site jusqu'à ce qu'ils terminent les quatre épisodes. Depuis le lancement de leur campagne pour collecter des fonds, ils ont diffusé le premier épisode, lancé leur site internet le 11 mars, jour anniversaire du séisme, et le 21 mars ils ont diffusé le deuxième épisode de la série. Voici une brève description de leur site de collecte de fonds :
We Are All Radioactive associe technologie et divertissement à un vrai journalisme d’investigation pour répondre aux questions fondamentales sur la radioactivité et la complexité des interventions en cas de catastrophe à la fois sur le plan politique et sur le plan sociologique.
Nos vidéos évoquent également le travail de Architecture for Humanity, Greenpeace, Surfrider Foundation et Safecast – toutes les grandes organisations internationales à but non-lucratif qui viennent en aide au Japon en terme de reconstruction post-séisme, de droits de l’homme et de l’environnement, de salubrité de l’eau et de contrôle de la radioactivité.
Dans le premier épisode de la série, nous faisons la connaissance d’Autumn, une surfeuse américaine qui après un séjour au Japon a décidé de s’installer à Sendai. Après le séisme, elle s’est associée à d’autres surfeurs et des pêcheurs locaux pour essayer de trouver un moyen de reconstruire leur vie en travaillant sur les plages et dans leurs communautés.
Les dernières informations sur l’avancée de la collecte de fonds et les nouvelles vidéos sont disponibles sur la page Facebook de We Are All Radioactive. Les vidéos et le site internet sont en japonais et en anglais. Le site comprend également une chronologie retraçant l’histoire de l’énergie nucléaire au Japon et des liens pour faire la connaissance des quatre personnages de la série : Autumn de l’épisode 1, le surfeur Konno, Kasahara qui travaille dans l’humanitaire et qui essaye de comprendre les effets de la radioactivité sur la communauté, y compris sur la vie de son enfant qui n’est pas encore né, et un collectif d’artistes qui prend des risques pour étudier les effets de la catastrophe.
Cérémonie de lancement de bateaux, image issue de la page Facebook de We Are All Radioactive
Ce billet fait partie de notre dossier spécial Séisme au Japon
Turquie : Les Kurdes continuent à affronter la police pour avoir voulu célébrer Newroz
[Liens en anglais et turc] Les Kurdes forment la minorité la plus nombreuse de Turquie, et à près de 20 millions, ils atteignent 20% de la population. Ils sont soumis à une discrimination et à des violations de leurs droits inscrites dans la loi. Hier, à Yuksekova, un département de la province de Hakkari en Turquie, les Kurdes qui ont voulu se rassembler pour fêter Newroz, le Nouvel An kurde, en ont été brutalement empêchés par la police.
L'homme politique kurde Ahmed Turk a été hospitalisé, et Alaattin Okan, 32 ans, a été atteint par une grenade lacrymogène à Batman. Deux sites internet kurdes de premier plan ont été fermés dans la matinée, ce qui les a mis dans l'impossibilité d'informer sur les heurts. Pour couronner le tout, les sites de la presse ont été lents à traiter de l'affaire, ce qui a amené les militants kurdes à mobiliser par la voie des sites de réseaux sociaux.
Faruk Arhan, un journaliste pour Bianet, a tweeté une photo montrant une femme kurde attaquée au canon à eau par la police anti-émeute turque :
Yüksekova
Yekbun Alp a tweeté qu'un député kurde a été arrêté, au milieu de ces affrontements entre police anti-émeute turque et Kurdes qui voulaient fêter Newroz :
@YekbunAlp: Le député Özdal Ücer était l'invité d'une famille à Cizre lorsque la police a attaqué la maison et arrêté la famille.
Un autre militant kurde a tweeté cette photo, où l'on voit des policiers tirer des gaz lacrymogènes et des jeunes, frustrés de ne pouvoir célébrer le Nouvel An en paix, riposter par des jets de pierre :
Photo: @quzzulqurt
La Suédoise Hawri Tofik fait partie des centaines d'activistes kurdes en colère contre la brutalité du gouvernement turc à empêcher la célébration de Newroz. Elle tweete :
@iirwaH: Sérieusement, je ne comprends pas.. En quoi est-ce un crime de fêter Newroz? Combien y aura-t-il encore de Kurdes blessés/tués ?
Jiyan Azadi a tweeté cette photo, et indique que des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Yuksekova, pour être ensuite chargées par la police :
Photo tweetée par @jiyanazadi
Pendant ce temps, de Londres, Meltem Ay tweetait :
@jin_jiyan_azadi: Quelle bêtise de la part de la Turquie ! La dictature et les méthodes répressives ne feront qu'unir les Kurdes et les rendre plus forts !
L'Alliance pour les droits des Kurdes a mis en ligne plusieurs photos, où l'on voit la police anti-émeute turque disperser à l'aide de lacrymogènes et de canons à eaux les manifestants dans le département de Yuksekova.
Les Iraniens aux Israéliens : “Nous sommes vos amis”
Sur Facebook, la campagne israélienne [fr] s’adressant aux Iraniens « Nous ne bombarderons jamais votre pays. Nous vous aimons. » a reçu une réponse : reprenant le même format, les Iraniens viennent de lancer une campagne sur le réseau disant aux Israéliens, « Nous sommes vos amis ».
Le couple israélien, Ronny Edry et Michal Tamir, sont à l’origine de cette initiative qui a débuté sur le profil Facebook de Pushpin Mehina, une petite école de graphisme à Tel Aviv.
La campagne a remporté beaucoup de succès sur Internet, à tel point que Haaretz [en], un journal influent israélien rédigé en anglais, a écrit que « cet appel virtuel pour la paix initié par un couple israélien a réussi à obtenir le soutien de 1000 Israéliens et Iraniens. Et tout cela a commencé avec deux affiches. »
Désormais les Iraniens ont emboité le pas en partageant leur photos et messages sur un page Facebook nommée « Depuis l’Iran pour la paix et la démocratie »[en].
Chaque photographie comporte d’abord un nom, suivi de la mention « Israéliens, nous ne voulons pas de bombe atomique, nous voulons la paix et la démocratie, nous sommes vos amis. »
Nima, un internaute, écrit :
Joyeux Newroz [fr] ! Que commence une nouvelle ére !
Nous, Iraniens, nous ne voulons pas de bombe atomique !
Nous, Iraniens, ne voulons pas de guerre !
Nous, Iraniens, ne voulons pas de régime Islamique !
Nous, Iraniens, ne voulons pas soutenir les groupes terroristes !
Nous voulons la démocratie !
Nous voulons la paix !
Nous voulons le respect !
Nous voulons la liberté !
Portons un toast à la paix
Voici la photo d’Amir :
… et un militant des droits de l’Homme
Ahmad Batebi [fr] est un ancien prisonnier d’opinion iranien. Au cours de ses études universitaires à Téhéran, il est devenu mondialement connu après avoir fait la couverture du magazine The Economist le 17 juillet 1999 : il brandissait la chemise tâchée de sang d’un autre manifestant. Voilà sa photo :
Un jour, peut-être, Iraniens et Israéliens pourront récolter dans la vraie vie ce qu’ils ont semé dans le monde virtuel.



